Actions culturelles

23.07.26

Des mots à la voix : la lune danse

En mai et juin dernier, le PAGI de Grenoble de la Maison des Habitant.e.s Chorier-Berriat et La Belle Électrique ont collaboré dans le cadre du projet « Des mots à la voix : la lune danse ».Animés par Lucie Botella-Gambetta, alias 3615lulu, les aîné.e.s participant.e.s ont été invité.e.s à réécrire et réinterpréter une des chansons de l'artiste, autour des thèmes de la beauté et du temps qui passe. Grâce à des improvisations guidées, paroles et mélodies se mêlent, ancrées dans l'univers Jazz Soul de Lucie, et façonnées selon les voix, identités et sensibilités de chacun.e.

Un atelier participatif où se mêlent créativité et lâcher-prise

Le PAGI (Pôle Animation Gérontologique et Intergénérationnelle) de la Maison des Habitant·e·s Chorier-Berriat, piloté par Hakim Kitoune, accompagne les Grenoblois.e.s dès 55 ans en proposant rencontres, activités de loisirs, sorties, ateliers de prévention, mais aussi en soutenant les projets collectifs et le lien avec la vie du quartier. C’est dans cette dynamique qu’est né le projet « Des mots à la voix : la lune danse ». En collaboration avec La Belle Électrique, habituée à développer des actions culturelles avec les acteurs du territoire grenoblois, le PAGI a accueilli l’artiste Lucie, alias 3615lulu, auteure, compositrice et interprète, pour imaginer une série d’ateliers autour de la voix avec douze bénéficiaires.

À travers ce projet, l’objectif était d’offrir aux participant.e.s une expérience différente de leur quotidien, en les invitant à explorer la musique, le rythme et l’expression vocale. Ces ateliers à destination des aîné.e.s avaient aussi pour vocation de travailler la mémoire, la diction, la confiance en soi et tout simplement, de découvrir le plaisir de créer ensemble.

Dans une salle de la MDH, une atmosphère intime et chaleureuse s’est installée rapidement. Ici, pas de jugement : place à la créativité, au lâcher-prise et au partage. Au fil des séances, les voix se sont libérées, dans une ambiance collective où la joie et la bonne humeur ont occupé une place centrale. À travers des exercices de souffle, d'écriture ou encore d’éveil corporel, Lucie a accompagné progressivement les participant.e.s dans l’appropriation du chant comme un langage d’expression. "Je ne pensais pas que tout cela serait aussi facile. Dès la première séance, tout le monde était très à l’aise pour échanger. On a tout simplement commencé les ateliers par une conversation", nous précise-t-elle

« C'est elleux qui créent leur propre style de A à Z. »

Lucie, alias 3615lulu, intervenante

Plusieurs phases de travail pour une restitution finale

L'atelier s'est articulé en plusieurs étapes : les deux premières séances ont été consacrées à l'écriture, à partir des thématiques du morceau original de Lucie. Tout le monde a ainsi été invité à réfléchir autour de la beauté, du temps qui passe et de la lenteur. Au programme : brainstormings, création de nuages de mots, échanges d'idées et discussions en collectif ont rythmé ces premiers rendez-vous, particulièrement appréciés des bénéficiaires, qui ont pu laisser libre cours à leur imagination.

Pour l'exercice d'écriture, toutes et tous sont parti.e.s d’une musique instrumentale proposée par l’artiste. Iels ont ensuite été libres de choisir leurs mots, leurs souvenirs et leurs émotions que la thématique choisie faisait raisonner en elleux. À partir de cette matière, Lucie a sélectionné des phrases, des expressions et des images qu’elle a progressivement mises en musique pour composer le morceau final d’une durée d’une minute trente.

Enfin, les deux dernières séances ont, elles, été consacrées à l'interprétation du morceau, en vue d'une restitution publique organisée à l'issue du projet. Au fil de ces rencontres, Lucie a façonné le morceau en temps réel, en s'adaptant aux voix, aux souffles, aux rythmes et aux personnalités de chacun.e ; son accompagnement a ainsi été en constante évolution selon les besoins et les envies du groupe.

« J'ai fait exprès de ne pas leur faire écouter ma musique pour ne pas qu'on s'influence mutuellement et créer la surprise. C'est intéressant de voir ce qu’iels ont fait de ma chanson. Je leur ferai découvrir la mienne lors de la restitution », expliquait l'intervenante.

Cette capacité d'adaptation faisait partie intégrante de sa démarche de création :

« Je me fixe toujours une ligne de base de ce qu'on va faire, mais je reste flexible et attentive à leurs retours, c'est la clé », ajoutait-elle.

« Je suis à la retraite depuis pas très longtemps et donc naturellement, je cherche ma voie, et je pense l'avoir trouvée, par la voix. »

Michel, participant

Bouleverser le quotidien par le chant

Bien plus qu'un atelier de pratique musicale, « Des mots à la voix : la lune danse » a offert aux participant.e.s un véritable temps de rencontre. Au fil des séances, la musique est devenue prétexte pour échanger, se raconter ou encore créer du lien. Les discussions se sont mêlées aux rires, les regards sont devenus complices ou chacun.e a trouvé sa place au sein du groupe. Une énergie particulière s'est installée dans la salle, faisant de chaque phase de travail une expérience tant humaine qu'artistique.

Pour Lucie, l'accompagnement ne s'est pas limité à la transmission d'une pratique artistique. L'artiste a su instaurer un climat de confiance, encourageant les aîné.e.s à s'exprimer à leur rythme et à prendre confiance en leur voix. De plus, la restitution finale a été pensée comme l'aboutissement d'une aventure collective, où chaque participant.e avait son importance.

« Avant, j'étais institutrice et je chantais beaucoup avec mes élèves. Quand j'ai entendu parler d'un atelier de chant, malgré mon opération, j'avais envie de revenir, de me remettre dans le rythme, de revoir du monde et de pouvoir chanter de nouveau », raconte Anne une participante.

Pour plusieurs participant.e.s, ces rendez-vous hebdomadaires ont aussi permis de redonner un rythme à leur quotidien :

« Les ateliers de chant arrivent dans cette période de retraite, encore récente pour moi, où je cherche à remplacer le temps que je consacrais à mon métier, dans lequel je m'investissais énormément. Ça rythme un peu ma vie et je suis content de venir. » Michel, participant

Un sentiment partagé :

« Quand j'ai commencé les ateliers, ça m'a vraiment fait du bien. Moi aussi, ça m'a permis de structurer mon temps à nouveau. Et puis le côté rencontre est vraiment important, ça évite de rester isolé. » Anne

« Je ne pense pas que ce soit moi qui les aide. À vrai dire, je pense que c'est une manière de partager la musique autrement que sur scène. On crée ensemble, et c'est trop chouette de créer et de partager avec les gens. »

Lucie, alias 3615lulu, intervenante

Se positionner en tant qu'artiste intervenante

Pour un.e artiste, mener un projet d'action culturelle représente bien plus qu'un complément à son activité de création ou de diffusion. C'est un exercice qui demande de savoir transmettre, écouter et s'adapter en permanence aux personnes que l'on accompagne. Cette posture demande donc une grande capacité d'adaptation.

Habituée à intervenir auprès de publics très différents, Lucie a construit sa manière de fonctionner au fil de ses expériences :

« C'est ça qui est trop bien dans les actions culturelles : à chaque fois, ce n'est pas la même chose, parce que les gens ne sont pas les mêmes. [...] « J'ai déjà fait des ateliers avec des mineur.e.s isolé.e.s, des personnes handicapées, des plus jeunes, des personnes dans les hôpitaux… J'ai fait à peu près tous les publics », explique-t-elle.

Pour elle, ces projets sont avant tout une autre manière de vivre et de partager la musique. Plus qu'une simple transmission artistique, ils créent des espaces de rencontre où chacun apporte sa place et sa sensibilité. Contrairement à un concert, où le déroulé est défini à l'avance, les ateliers évoluent en fonction des participant.e.s et de leurs besoins :

« Quand tu es sur scène, tu fais ton concert, les gens aiment ou n'aiment pas, mais tu fais quand même ton concert. Là, je m'adapte à eux et ça m'oblige à faire les choses différemment selon les personnes que j'ai en face de moi », conclut Lucie.

Une restitution réussie

Au terme du projet, les participant.e.s ont présenté le fruit de plusieurs semaines de travail. Dans la cour de l'espace Geneviève Laroque et devant leurs proches, les équipes du PAGI et les habitant.e.s du quartier, iels ont interprété le morceau qu’iels avaient construit au fil des ateliers.

Sous le soleil, tout le monde a trouvé sa place malgré le trac. Cette restitution, organisée dans un cadre intimiste, a permis aux participant.e.s de partager leur travail avec le public et de conclure l'aventure sur une note conviviale.

« C'était intéressant de voir le groupe se construire au fil des ateliers, et que chacun.e contribue à créer une chanson collective à travers l'écriture et la mise en voix, on ressent vraiment cette énergie dans cette restitution », souligne Laura, stagiaire en action culturelle.

Au-delà de la performance artistique, ce moment a témoigné du chemin parcouru par le groupe. Une manière de clôturer le projet en mettant en lumière les progrès réalisés, mais aussi les liens qui se sont tissés tout au long des ateliers.

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